Un poète à New York – LORCA

 

Traduction et regard extérieur : Dolores Lago Azqueta
Avec : Mario Tomás López (texte) et Manuel Langevin (contrebasse)
Régie : Patricia Luis-Ravelo

Ce spectacle a été crée avec José Luis Roig en décembre 2014.

Extraits de Presse
Les mots des spectateurs
Dossier
Revue de presse

Seul sur scène, un comédien incarne Lorca et nous emmène dans un voyage bouleversant et poétique au cœur du New York de 1929.

Un regard humain posé sur le délire de la modernité.

« Aujourd’hui je ne viens pas pour vous amuser. Je n’en ai ni l’envie, ni le goût, ni le désir. Je suis plutôt venu me battre.
Me battre au corps à corps contre une masse tranquille, car ce n’est pas une conférence que je vais vous donner, c’est une lecture de poésies, de ces poésies qui sont ma chair, ma joie et ma peine… »

F.G. Lorca

1929

En 1929 le système capitaliste atteignait l’insoutenable et les financiers se précipitaient du haut de l’Empire State Building. En même temps, les noirs de Harlem retrouvaient de la force dans l’affirmation de leurs racines et l’épanouissement d’une identité propre : l’afro-américaine.

Lorca en fut témoin.

2018

De nos jours, les pratiques des financiers ont largement dépasse “l’insoutenable” de 1929, mais le système ne s’écroule pas. Malgré les nombreux mouvements de dénonciation, les pouvoirs économiques tracent leur chemin par dessus toute considération humaine, brisant les frontières, se jouant même des pouvoirs politiques, au profit … de leur propre profit.
Le racisme et l’esclavagisme ont pris aujourd’hui de nouveaux visages, mais sont tout aussi présents et le mal-être de ceux qui sont mal-traités s’exprime avec de plus en plus de violence.

Aux États-Unis, la renaissance de Harlem avait été précédée d’une guerre civile et la parole des noirs s’est longuement exprimé par la violence avant d’être entendue par les arts.
Faut-il, vraiment, en passer par là ?

Nous avons retrouvé dans la poésie de Lorca une parole forte et nourrissante pour faire face aux enjeux d’aujourd’hui.
Nous nous sommes appropriés le cri de Lorca, celui qui invite à l’éveil et à l’action.

Une compagnie franco-espagnole revisite l’œuvre de Federico García Lorca : un homme à l’esprit libre, engagé jusqu’à en perdre la vie dans le combat contre « la morale ridicule des gens ».

LA PIÈCE

Homme de scène et poète déjà très célèbre dans l’Espagne des années 30, Lorca donnait souvent des conférences (sur des thématiques très diverses) et des lectures publiques de ses textes, publiés ou non. Ces conférences et lectures s’avèrent être de véritables bijoux littéraires.

Nous reprenons ici le texte d’une lecture de poèmes donnée par Lorca à Madrid et à Barcelone sur son séjour à New York en 1929 : ses impressions en visiteur solitaire de la ville, les voyages, les rencontres… s’entremêlent à la lecture des poèmes qu’il écrivit à cette période.

Le récit de ce voyage jette un rayon de lumière sur les poèmes, profondément symboliques et d’un accès non aisé à la première lecture.

« Car la qualité d’un poème, d’un poète, ne peut jamais être appréciée à la première lecture,
d’autant plus cette sorte de poèmes que je vais lire, qui, pleins comme ils le sont de faits poétiques,
répondant exclusivement à une logique lyrique
et densément empêtrés dans le sentiment humain et l’architecture du poème,
ne peuvent pas être compris rapidement sans l’aide cordiale du duende. »*

* Et l’acteur appelle donc le duende : il met au service du poème et du public toutes les fibres de sa sensibilité et de son imaginaire pour rendre la métaphore concrète, palpable. Le verbe, incarné par le comédien, porté par le duende, devient saisissable.

Ce texte nous apporte les clés d’un moment fondamental de la vie de Lorca, qui provoque une tournure définitive dans sa production poétique et théâtrale.
Il traverse une profonde crise personnelle et artistique et rapproche son écriture des mouvements d’avant-garde qui fleurissent à Paris et dont Dalí et Buñuel lui parlent sans cesse. Il s’approprie ce souffle novateur et crée une poésie unique, pleine de « claire conscience » (comme il affirmait lorsque l’on qualifia ses poèmes de surréalistes) et d’un symbolisme particulier dont son œuvre sera imprégnée désormais.

Dans ces longs poèmes, il donne de la voix au déchirement qui l’habite, blessé comme il est dans son amour d’homme, mais aussi fortement impressionné par ce nouveau monde qu’il découvre : monde de « géométrie et d’angoisse » ; monde « frénétique et sans racines » ; monde où cohabitent les riches blancs de Manhattan -« des suicidés aux mains pleines de bagues »- avec les noirs de Harlem « qui représentent, n’en déplaise à certains, l’élément le plus spirituel et le plus délicat de ce monde ».

Ce désarroi se transforme en cri de colère devant une civilisation sans racines, où la technique, la machine, la finance, étranglent la vie.

Oda al rey de Harlem

¡Ay Harlem! ¡Ay Harlem! ¡Ay Harlem!
¡Ay, Harlem! ¡Ay, Harlem! ¡Ay, Harlem!
No hay angustia comparable a tus ojos oprimidos,
Il n’y a pas d’angoisse comparable à tes yeux opprimés
a tu sangre estremecida dentro del eclipse oscuro,
a ton sang frémissant dans l’obscure éclipse
a tu violencia granate sordomuda en la penumbra
à ta violence grenat sourd-muette dans la pénombre
a tu gran rey prisionero, ¡con un traje de conserje!
à ton grand roi prisonnier, en tenue de concierge !

TRADUCTION-ADAPTATION
Traduttore traditore …

La traduction d’un texte, surtout en poésie, implique un processus d’adaptation.
Ici, la traduction est faite en fonction d’une mise en scène, d’une lecture particulière et nouvelle de cette pépite de la littérature espagnole.
Adaptation donc au service du jeu d’un comédien, précis, faite avec et pour lui et qui se nourrit et évolue à chaque représentation dans un lien très étroit établi avec le spectateur.

Lors que nous travaillons un texte original, le comédien et le metteur en scène se mettent au service de cette poésie précise et c’est la vibration de l’acteur, son imaginaire, son inconscient et un travail conscient, évidement sur l’émotion et la poésie, qui vont donner la tonalité précise, un parti pris par rapport à l’infinie polysémie d’un poème, à chaque représentation.
Ce travail, fait en amont, reste toujours inachevé pour laisser place à l’inconnu, et aux mystères que l’écoute du public dévoile.

Traduire, traduire un poème, traduire Lorca, c’est être très attentif à chaque répétition et encore à chaque représentation, à ces vibrations, à ces imaginaires éveillés chez l’acteur et chez le spectateur pour trouver le mot précis, en français, qui ouvre les champs sémantiques, les inconscients, les émois que nous avons trouvé en travaillant en espagnol.

Mise en scène de l’intime qui creuse le texte pour développer l’imaginaire et écarte tout le reste en quête de l’essentiel.

THÉÂTRE EN INTIMITÉ

Au cours de nos recherches sur l’œuvre de Lorca, nous avons trouvé quelques pépites, luisant au milieu de la pénombre vive de sa poésie.
Nous avons voulu en partager certaines avec le public dans le cadre le plus simple, le plus proche, le plus intime.
Ainsi est né une série de spectacles spécialement conçus pour être joués dans de petits lieux : appartements, petites salles de théâtre, centres culturels, médiathèques, librairies…

Des spectacles donc professionnels, mais conçus dans le plus grand dénuement de moyens matériels. Des spectacles où l’on creuse ce qu’il y a de plus inatangible dans notre art et qui naît d’un rapport proche, intime avec le spectateur. Un rapport qui intensifie le lien, la complicité et rend le spectateur acteur à son tour

Il nous semble que jouer dans cette extrême simplicité nous rapproche de l’essentiel du théâtre.